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"Troisième choc pétrolier ou crise énergétique ?" par Jean-Christophe Berrucas
Troisième choc pétrolier ou crise énergétique ?
Dégrèvement fiscal pour les uns, aides exceptionnelles pour d’autres, lancement avec de grands moulinets du développement des « biocarburants », j’en passe et des meilleurs...
Comme toujours, on agit dans l’urgence, sans rechercher ni les enjeux, ni les causes ou conséquences de telle ou telle situation. En l’occurrence, le prix de l’essence. Il fallait bien qu’un jour, le coût de l’énergie que l’on se refuse à intégrer à sa vraie valeur depuis plusieurs décennies nous soit opposée de façon durable.
Pour quelle raison, ce jour serait-il venu et pour quelles raisons, l’idéologie néo-libérale ne peut sur ce sujet comme sur tant d’autres que conduire à l’aveuglement, et à la politique du pire, celle du laisser faire.
Je vais essayer d’en expliquer le mécanisme dans le texte suivant qui se veut uniquement une synthèse de documents publiés (voir bibliographie) et du travail de réflexion mené à Auxerre par un groupe rassemblant adhérents et non adhérents d’Attac 89.
Il y a 30 ans, juste avant le premier choc pétrolier, un certain nombre d’experts nous avaient prédit que la croissance économique de l’époque conduisait à un épuisement du pétrole avant l’an 2000 ; ce message a été régulièrement porté par le mouvement écologiste.
Force est de reconnaître que ce message n’a pas été compris, puisque aujourd’hui il est courant d’entendre au café du commerce, et la presse s’en fait souvent l’écho, qu’il n’y a encore aucun risque d’approvisionnement en pétrole avant de nombreuses années. Juste quelques difficultés passagères et tout devrait rentrer dans l’ordre.
De nombreux économistes, gourous de l’idéologie libérale, soutiennent le plus sérieusement du monde que le problème du prix du baril est conjoncturel et qu’il y a encore du pétrole pour 40 ans. Pourquoi, ce qui fut une erreur d’interprétation (ou une manipulation médiatique) dans les années 1970, l’annonce d’un approvisionnement continu en pétrole pour encore 40 ans est aujourd’hui un leurre ou plutôt une façon détournée de traiter du problème énergétique qui nous attend.
Pour cela, il nous faut nous arrêter sur quatre notions importantes :
le critère de mesure de cette durée
la définition des données scientifiques
la « brutalité » des chiffres
le discours des libéraux sur la notion de marché et de progrès technique
1)Le critère de mesure
Lorsque l’on affirme qu’il nous reste 30 ou 40 ans de pétrole, on fait appel à un ratio « R/P » qui mesure la quantité des réserves divisée par la production annuelle.
Constatons tout d’abord que cette valeur est une mesure à l’instant t qui ne tient compte ni d’une augmentation de la demande dans le futur ni d’une diminution de la production.
Pour appréhender cette réalité, il faut introduire la notion de déplétion : taux défini comme la production annuelle en pourcentage de la production restante à la fin de l’année précédente.
Cette valeur suit une courbe de Gauss (ou courbe en cloche) et lorsque la moitié d’un gisement a été exploitée, la production décroît régulièrement.
Pourquoi cette affirmation : l’exploitation d’un gisement nécessite l’utilisation de nombreuses techniques de pompage, ce qui signifie qu’un puits de pétrole ne se comporte pas comme un réservoir rempli de liquide qui s’écoulerait par gravitation jusqu’à la dernière goutte.
Pour faire simple, la première partie de la courbe correspond aux cavités du gisement facile à extraire et à découvrir, alors que la seconde partie correspond aux zones plus difficiles à pomper. Le maximum correspond sensiblement à l’exploitation de la moitié du gisement.
En somme, pour comprendre le phénomène de déplétion, il faut oublier la taille du réservoir (la quantité des réserves) et penser au débit du robinet en sortie du réservoir (débit résultant des difficultés techniques et intégrant donc les problèmes de production).
Ce ratio réserves/production fait abstraction du débit de production et occulte donc d’une part le passage au pic de production et d’autre part la demande mondiale en consommation. Autrement dit, plus le pétrole sera difficile à extraire, plus le débit de production sera en décroissance sans pour autant épuiser totalement les réserves ; ce superbe ratio pourra s’afficher encore positivement dans de nombreuses années.
Ainsi dans 40 ans, nous trouverons sûrement encore des économistes pour nous affirmer qu’il reste encore du pétrole pour 30 ans ! Et ils auront raison ! Par ailleurs, n’oublions pas de remarquer qu’une croissance annuelle de 2 % de la consommation mondiale de pétrole fait chuter mathématiquement le ratio de 10 ans (30 ou lieu de 40 ans).
Le problème n’est donc pas la quantité de pétrole restante, mais la quantité de pétrole produit journellement et donc disponible sur le marché. Le prix de celui-ci dépend bien entendu de l’offre (exploitation et production) et de la demande (consommation). La date du pic de production et donc le phénomène de déplétion sont donc bien des paramètres déterminants dans la valeur marchande du pétrole.
2)Les différentes données
Il convient également de s’arrêter sur la notion de réserves, car le flou est souvent entretenu entre les notions de ressources et réserves.
La ressource recouvre l’ensemble du pétrole présent dans le sous-sol tandis que les réserves ne représentent que le volume qu’il sera possible d’extraire dans des conditions économiques et techniques viables.
Cette notion de réserves (déterminante pour représenter la production) dépend de plusieurs paramètres : découvertes réalisées, capacité et coût d’extraction, et influe directement sur le cours du baril de pétrole.
C’est pourquoi, ont été introduites les notions de réserves prouvées, probables ou possibles qui ne dépendent que du pourcentage estimé (90, 50 et 10 % de chances d’extraction par rapport à tel puits).
Le pétrole répondant à un marché mondial, dominé lors de sa découverte par les américains, il leur fut nécessaire d’en maîtriser le prix de vente. D’où l’imposition des normes comptables américaines qui ne prennent en compte que les réserves prouvées. Cette norme, apparemment prudente, qui évite des spéculations sur des réserves surévaluées induit depuis les années 1970 une appréciation erronée des réserves : l’estimation initiale ayant été trop basse, les compagnies pétrolières peuvent démontrer en toute transparence apparente que les réserves continuent d’augmenter, en arguant de nouvelles découvertes ou de progrès technologiques.
Et c’est ainsi que depuis les années 1970, malgré une augmentation en hausse continue, celles-ci affirment tranquillement que le ratio est toujours le même !
Par ailleurs, il importe également de s’arrêter sur un autre phénomène étonnant : au cours des années 1985/1995, sans aucune découverte majeure, les réserves des pays de l’OPEP ont subitement explosées.
Par quel mystère ? Suite au contrechoc pétrolier du milieu des années 1980 (baril à - de 10 $), l’OPEP a volontairement limité sa production pour maintenir un prix soutenu par la mise au point de quotas de production par pays basés sur les réserves déclarées de chacun. Devant les besoins croissants de liquidités pour chaque pays producteur, la seule façon d’augmenter sa production en respectant les quotas (pour ne pas effrayer le marché) a donc été de mentir sur l’état de ses réserves.
L’ensemble des dirigeants des compagnies pétrolières et l’ensemble des gouvernements occidentaux (du moins les plus compétents) sont au courant de cette pratique et bien entendu la taisent.
Dernière façon de maquiller l’état des réserves, maintenir une certaine confusion entre pétrole conventionnel et pétrole non conventionnel.
Le pétrole non conventionnel regroupe les huiles extra lourdes, les sables asphaltites et les schistes bitumineux, dont on nous affirme que les réserves sont gigantesques comparées à la consommation actuelle de pétrole. Le coût financier et énergétique d’extraction et de transformation de ces matières est généralement passé sous silence pour ne pas remettre en cause l’argumentaire.
Le Canada qui possède des réserves considérables de sables bitumineux est parfois présenté comme le nouvel Eldorado du pétrole, voire comme le Moyen-Orient du 21ème siècle. La technique de forage est là, nous dit-on ; il suffit d’injecter de la vapeur d’eau dans le sous sol du Nord Canada !
Autrement dit, il faut tellement d’énergie que certains en sont à imaginer la construction de réacteurs nucléaires à proximité dont le but unique serait de fournir l’énergie à l’extraction du pétrole !
Qui peut nous expliquer rationnellement que dépenser l’équivalent de plusieurs barils de pétrole pour extraire la valeur d’un seul reste intéressant ? Même avec un baril à 500 $, j’ai personnellement un peu de mal à comprendre cette logique.
Une fois relevé ces différentes contradictions sur l’état des réserves, reste à faire le point sur les ressources en pétrole non encore identifiées, à savoir les nouvelles découvertes de puits. Il est vrai que chaque année de nouveaux gisements sont découverts et mis en exploitation.
N’oublions pas que le pétrole est soumis à un marché mondial, que les compagnies pétrolières sont toutes cotées en bourse et que leur valeur dépend en grande partie de leur communication. Dans ces conditions, chaque découverte aussi mineure soit-elle a intérêt à être surestimée (bon pour l’action de la compagnie prospectrice) alors que chaque découverte importante doit au contraire être minorée (pour être régulièrement réévaluée, il faut démontrer le développement de progrès technique d’extraction et valoriser ainsi l’action boursière de la compagnie).
Ce préambule étant posé, faisons le point sur les principales découvertes de gisement en pétrole depuis les années 1980.
Cette année là correspond en fait aux dernières découvertes significatives, qui concernent des champs géants (plus de 2 milliards de barils), les seuls qui peuvent influer sur la date du pic de production. Rappelons que les plus importantes découvertes ont été faites au Moyen-Orient (2/3 des réserves mondiales) et datent de plus de 55 ans pour l’Arabie Saoudite, plus de 48 ans pour l’Irak, plus de 45 ans pour l’Iran et plus de 50 ans pour le Koweït. Les années 1980 correspondent également à un basculement où le total des découvertes est devenu nettement moins important que la consommation annuelle.
Ainsi, en 2000, pour un baril découvert, notre consommation était de 2 barils (et en 1996, point bas de la dernière décennie, un baril découvert pour quatre consommés).
Les champs géants n’ont fait l’objet d’aucune découverte depuis 1980 et les grands champs (entre 500 millions et 2 milliards) d’aucune découverte majeure depuis 1990. Restent donc les champs moyens et les petits champs qui continuent effectivement de croître, mais qui à eux seuls sont loin d’absorber la croissance de la consommation actuelle.
Pour donner quelques ordres de grandeur, à ce jour, plus de 41000 champs pétroliers ont été découverts dans le monde dont 31385 aux Etats-Unis et 537 au Moyen Orient. Notons également que les 1331 champs pétroliers les plus grands correspondent à 3 % de la totalité des champs mais contiennent 94 % du pétrole total.
C’est dire l’importance du critère de découverte des derniers grands champs. C’est en particulier en s’appuyant sur ces données non discutables qu’il est possible de situer le pic de production (à quelques années près).
En effet, d’après le modèle de Hubbert, qui n’est pratiquement plus remis en cause par les experts sérieux, le pic de production intervient à peu de choses près 35 ans après le pic des découvertes.
Il est tout à fait louable de contester la date du pic de production ; contester son existence ou la remettre à plusieurs dizaines d’années paraît en revanche parfaitement irresponsable.
A ce point de notre analyse, il me semble nécessaire de faire état de quelques valeurs relatives à cette ressource.
3)La « brutalité » des chiffres
Commençons par des données non contestables : réserves déjà épuisées et consommation annuelles.
Fin 2004, les quantités de pétrole consommées se sont élevées à 940 milliards de barils depuis l’origine des temps (en fait sur un peu plus d’un siècle).
Fin 2000, la consommation mondiale était de 27 milliards de barils soit 74 millions de barils / jour (Mb/j). En 2004, celle-ci aurait été de l’ordre de 81.4 Mb/j soit 29.7 milliards de barils pour l’année. Nous constatons qu’à ce rythme, ce qui a été consommé depuis 1859, date du 1er puit exploité, le serait en 31 ans !
Nous observons également que le champ géant de Ghawar, le plus grand gisement du monde avec125 milliards de barils, découvert en 1948, et qui représente tout de même 56 % de la production de l’Arabie Saoudite ne peut fournir que 4.5 Mb/j.
La moyenne des découvertes était de 50 milliards de barils par an dans les années 1960 pour 10 milliards de barils par an depuis le début des années 1990.
Pour ce qui concerne les réserves restantes, de multiples données fournissent les résultats suivants : les réserves ultimes (production cumulée jusqu’à la fin de la production de pétrole) varient de 1700 milliards à 2200 milliards de barils pour le pétrole conventionnel et environ 750 milliards de barils pour le pétrole non conventionnel.
De nombreux experts « chipotent » sur ces données, mais constatons que l’addition de 50 milliards de barils aux réserves ultimes ne fait reculer le pic de production que d’un an ! Une différence de 45 % en production cumulative ultime ne retarde le pic de la production globale que de 10 ans environ, ce qui paraît bien négligeable lorsqu’on prend un peu de recul dans l’analyse.
Par ailleurs, les réserves déclarées (soit par les compagnies pétrolières, soit par les pays producteurs) s’élèvent à environ 1200 milliards de barils. En ajoutant cette valeur aux 940 déjà consommés, nous retrouvons la fourchette énoncée ci-dessus. Sans compter que de plusieurs spécialistes estiment à 320 milliards de barils les quantités douteuses déclarées par l’OPEP en réserve surestimée (voir ci avant explication de cette distorsion).
Si nous prenons une valeur moyenne de 2000 milliards de barils de réserves ultimes, constatons que nous étions fin 2004 très proches de la consommation de la moitié de ces réserves. Donc, pour continuer à proférer que le pétrole sera encore abondant pour de nombreuses années, il faut soit ignorer la quantité des réserves restantes, et donc ignorer que 90 % de la planète a été exploré, soit décréter que le pic de production est basé sur un modèle mathématique sans fondement.
Le problème est que les grands pays suivants ont bel et bien passé un pic de production et constatent tous les ans une baisse régulière de leur production, quels que soient les investissements réalisés.
Ainsi, les Etats-Unis ont passé leur pic en 1971 soit 40 ans après les grandes découvertes des années 1930, l’ancienne URSS en 1987, l’Europe du Nord en 2000 (en 2004, la Grande-Bretagne est redevenu pays importateur de pétrole) soit 30 ans après les découvertes de la mer du Nord, le Danemark, la Malaisie, Brunei, la Chine, le Mexique et l’Inde atteignent actuellement leur maximum.
Reste principalement les pays de l’OPEP dont les principales découvertes ont maintenant 50 ans.
Remarquons au passage, que plus l’offre sera limitée à quelques pays, plus la pression géopolitique et militaire sur ces pays sera forte.
Et ne nous lassons pas de rappeler que la question essentielle n’est pas la quantité de pétrole restant à consommer, mais plutôt de faire comprendre que la fin de l’ère du pétrole bon marché est très proche.
Tant que la production était en phase croissante, les besoins croissants de consommation de pétrole étaient assurés, ce qui a permis de maintenir le prix du baril à un niveau très bas. Après avoir évoquer le risque important dans les prochaines années de stagnation puis de décroissance de la production, intéressons-nous à l’évolution de la consommation.
En 20 ans de 1984 à 2004, celle-ci est passée de 21 milliards de barils à 29.7 milliards de barils soit une progression continue de 2 %/an. A elle seule, la Chine a multiplié par 11 sa consommation en 38 ans. Compte tenu de la croissance actuelle de son économie, essentiellement primaire et secondaire, ses besoins vont continuer de croître très fortement.
En extrapolant cette croissance de la consommation, dans 10 ans, nos besoins annuels pourraient être de 36 milliards de barils soit le double de la consommation annuelle lors du 1er choc pétrolier.
Pour ceux qui se souviennent du choc des populations occidentales se rendant compte en 1973 leur dépendance au pétrole, ce petit rappel permet de mieux mesurer, je pense, l’impact mondial de n’importe quel vol de papillon au-dessus de chaque puit en exploitation !
La répartition de la consommation a, parallèlement fortement évolué : en 30 ans le secteur des transports a doublé sa consommation, atteignant aujourd’hui 52 % du total, alors que celle des industries a stagné et se maintient à 16 %. Autres dépenses : résidentiel et tertiaire, 9 %, agriculture 3 % et pétrole destiné à la production d’énergie 15 %.
4)Le discours sur l’évolution de la production
Que nous disent les économistes de la pensée libérale par l’intermédiaire des médias au sujet de la production du pétrole ?
Le discours majoritaire est que d’une part le pétrole s’échange dans un marché mondial et non régional (non contestable) et que d’autre part, le pétrole répond au marché de l’offre et de la demande. En d’autres termes, il suffit que les prix montent pour que la consommation baisse, et la demande baissant, les possibilités d’offre redeviendront abondantes.
Bref, oublions les données géologiques, occultons le phénomène de déplétion, l’état des découvertes par rapport à la consommation et expliquons que tout se résume à une affaire de technique et d’investissement.
Il est vrai que reconnaître la fin du pétrole peu cher et à terme le risque d’une nouvelle révolution énergétique nécessite sans doute de s’interroger sur le modèle de production, de consommation et d’échanges actuelles et de remettre en cause l’idéologie libérale dominante.
Face à cette situation, deux stratégies sont aujourd’hui adoptées :
celle du gouvernement américain : le phénomène de déplétion est parfaitement intégré dans sa réflexion stratégique depuis déjà quelques années et puisque la ressource va se raréfier, pour maintenir le « modèle de croissance et de consommation américaine », autant accaparer pour soi la ressource.
Celle de nombreux gouvernements dont en particulier le gouvernement français : ayons foi en l’économie de marché, nous connaîtrons à nouveau des crises pétrolières, que nous surmonterons car nous avons du pétrole pour encore 40 ans. D’ici là, le pétrole vert de la France (les biocarburants) et le nucléaire nous permettent de maintenir notre croissance et notre indépendance énergétique. Bref, une vraie politique de l’autruche.
Ainsi, bon nombre d’économistes expliquent que le marché étant « créateur de richesses », il suffit d’augmenter les investissements et d’améliorer les techniques d’extraction pour augmenter la production.
Sur l’augmentation des investissements, deux types d’investissements possibles pour répondre à la demande : l’exploration de zones difficiles (eaux profondes, pôles) et les capacités de raffinage. L’exploration en eaux profondes ou aux pôles est-elle susceptible de modifier la donne ?
Il suffit de ramener la consommation annuelle aux possibilités de production pour se rendre compte que le problème n’est déplacé que de quelques petites années pour un prix économique important et en négligeant le désastre écologique en résultant.
Quant aux capacités de raffinage, il est exact que depuis une quinzaine d’années, les compagnies ont plutôt consacré leur effort d’investissement soit à se racheter entre elles soit à racheter leurs propres actions boursières pour les valoriser artificiellement. Ainsi sont les délices du libéralisme !
Ceci étant, l’augmentation de la capacité de raffinage ne permet en rien de régler le problème de la ressource.
Reste la technologie. Les libéraux et les marxistes (tiens, tiens !) démontrent depuis toujours que la technologie est source de progrès. En la matière, la technologie devrait permettre d’améliorer les rendements d’extraction d’un puits et par voie de conséquence d’augmenter la production.
Aujourd’hui, le taux de récupération par puits en en moyenne de 35 %, avec des variations très importantes d’un puits à un autre (de 5 % pour un puits très fracturé jusqu’à 80 % pour certains puits du Moyen-Orient). Toutes les techniques d’exploration et d’extraction sont aujourd’hui bien maîtrisées et sont utilisées. Certaines (extraction sous injection) nécessite des investissements importants (financiers et énergétiques) qui influent sur le prix d’exploitation du pétrole.
La plupart des scientifiques considèrent que nous atteignons une limite et que toute technologie, la plus sophistiquée soit-elle, ne pourra modifier la géologie des réservoirs. Il est constaté par ailleurs que l’augmentation du taux de récupération ne joue en fait que sur la vitesse d’extraction : plus le taux est élevé, plus le déclin et le taux de déplétion est rapide.
5)Conclusion
Tout indique donc que nous ne sommes pas à l’aube d’une nouvelle crise pétrolière identique aux deux chocs de 1973 et 1980, déclenchés par des crises politiques ou géostratégiques, mais plutôt aux premiers soubresauts d’une véritable révolution énergétique.
La croissance de la consommation évolue depuis plusieurs années sur un rythme de 2 %/an et celle-ci pourrait bien se maintenir à ce niveau pendant encore quelque temps : croissance des pays émergents d’une part, volonté de la Chine et de l’Inde d’autre part de se créer à l’instar des pays occidentaux des réserves dites stratégiques (établies à 90 jours de consommation).
Cette consommation étant de plus en plus proche des capacités de production, l’augmentation irrésistible du prix du baril se fait déjà sentir. Même si ce phénomène est amplifié par des opérations de spéculations boursières, la tendance à la hausse semble certainement durable.
Par ailleurs, plus nous approcherons du pic de production, correspondant grosso modo à la consommation de 50 % des réserves ultimes, et nous avons vu que cette date n’est plus forcément très éloignée, plus la tension sera forte sur le prix du baril. A fortiori, lorsque le pic sera passé, la production aura une tendance baissière de l’ordre de 3 %/an.
Certains pays producteurs souhaiteront limiter leur volume de production, pour garder leurs précieux biens. D’autres pays producteurs préféreront imposer leur règle du jeu sur le plan monétaire : la remise en cause du dollar comme monnaie d’échange international par l’Irak et l’Iran au profit d’une autre monnaie (notamment l’Euro) éclaire assez bien la réaction de la politique américaine depuis 2 ans ! Dans ces conditions de nombreuses tensions tant économiques que géopolitiques sont à craindre.
Chaque crise énergétique s’est traduite par une mutation. A la fin du Moyen Age, la surexploitation de la forêt et la crise forestière ont rendu compétitive une énergie à l’époque alternative : le charbon, accompagnée d’une nouvelle appropriation des filières techniques et du mode de contrôle des forces de production. La maîtrise de cette nouvelle énergie créa en Angleterre une nouvelle dynamique qui déboucha sur la révolution industrielle.
Quel que soit notre regard sur les conséquences de cette révolution, elle eût lieu et elle est née d’une crise énergétique. La mobilité induite par la mondialisation est, nous l’avons vu au § 3, dévoreuse d’énergie.
Le rythme de la déplétion sera certainement trop rapide et la technologie ne permettra sûrement pas de régler la question sans une remise en cause radicale des règles du jeu libéral.
En effet, une nouvelle fois, nous allons être confrontés à un problème de partage et nous sommes bien placés pour savoir que les économistes de la pensée unique risquent de ne proposer que des solutions de fuite en avant. Saurons nous gérer humainement cette révolution énergétique ?
6)Bibliographie
La vie après le pétrole - de la pénurie aux énergies nouvelles : de Jean-Luc Wingert, préface de Jean Laherrère aux éditions Autrement
Vers un déclin de la production pétrolière par Jean Laherrère - 11 octobre 2000
Qu’est-ce qu’une réserve de pétrole ? par Jean-Marc Jancovici - janvier 2005-10-18
La fin imminente du pétrole bon marché par Yves Cochet - 15 août 2004
Rapport sur le pétrole par Marc Kaelin et Jan-Marc Lehky - école polytechnique de Lausanne
Mais aussi plusieurs sites très riches d’information :
http://oleocene.org le site de l’ASPO en français ( http://www.peakoil.net/)
http://www.oilcrisis.com/laherrere
http://wolf.readinglitho.co.uk/francais
forum
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Contribution de ATTAC Paris 15 au débat17 janvier 2006, par Yannick Régnier
Bravo pour cette synthèse claire et raisonnée.
Le groupe Energie - ATTAC Paris 15 a mis en ligne un document sur le sujet du pic pétrolier au cours de l’année 2005. Vous y trouverez des informations complémentaires à celles proposées par le groupe Recherche Energie 89.
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> "Troisième choc pétrolier ou crise énergétique ?" par Jean-Christophe Berrucas29 octobre 2005, par PROT André
Bonjour et bravo Mr Berrucas pour cet article.
La fuite en avant toujours plus rapide, la sur-exploitation des
réserves pétrolieres (non renouvelables), appelle à toujours plus d’information sur ce sujet.Vous avez aussi bien choisit les sites traitant ce sujet, en particulier le site négawatt, oleocene etc..
Par contre le site Quantome me pose un gros problème : on n’y trouve pratiquement que des informations fantaisistes, la plupart ne résistent pas à une analyse sérieuse. des informations érronées, qui malheureusements ont des défenseurs dont la Foi me semble sectaire.
Le cas de la fusion froide est un exemple : l’annonce faite il y a une dizaine d’années a fait grand bruit qu’en reste-t-il après étude, rien,
silence complêt. l’expérience qui a intéressé les physiciens s’est montrée plutôt tour de passe-passe, autant qui la chirurgie sans ouverture des philippains. Si cela marchait on ne ferai pas ITER.
On fait une annonce fracassante et malgré tous les démentis, l’idée fausse fait son chemin.Les défenseurs du moteur Pantone qui n’est pas un moteur à eau mais a apport d’eau, me semble un peu perdu avec des idées sur la physique très vagues. En tout cas ils semblent ne pas connaître la loi sur la concervation de l’énergie.
La somme totale des energies d’un systéme = 1
Toutes les données parfois pompeuses du système Pantone ne résistent pas à une étude sérieuse et les solutions proposées voir le site telle le (buleur qui détourne les gaz d’échappement dans le réservoir peuvent avoir des conséquences surprenantes : moi je ne ferai jamais cela en cas de flamme dans l’échappement "mauvaise avance, soupape mal fermée etc..")
Le "Réacteur GEET" (simple tube passant dans l’échappement)
appelé aussi "PMC GEET" Processeur Multi Carburants.
Le mélange eau/essence d’une fantaisie bizare puisqu’il varie dans les données du site selon l’endroit de 80/20 à 20/80 ça change !Le fait de mélanger l’eau directement à l’essence dans le même réservoir à chaud peut être ça marche mais comment on démarre ?
l’eau ne va certainement pas resté mélangée longtempsLe réacteur GEET (tube qui chauffe l’eau et le carburant) ne peut pas analyser l’eau sinon oxydation du tube, en plus le mélange essence hydrogène + oxygène à chaud risque de faire rire, mais pas ceux qui sont trop près. alors pas de éaction, simple chauffage c’est seulement pendant la combustion que la séparation hydrogène oxygène peut se faire avec re-combustion ensuite.
La présence d’eau dans les chambres de combustion entraine à haute température des problèmes de corrosion qui on fait abandonner l’injection d’eau ou d’eau methanol dans les moteurs d’avion et dans les réacteurs (boing 707 une tone d’eau au décollage par temps chaud mais pas plus de 5 minutes). seule solution céramiquer toutes les pièces comme sur un formule 1 ça va faire cher la petite bagnole.
La proposition la plus folle faire pareil sur les diésels alors que les contructeurs mettent des filtres avec purgeur d’eau. Risque de destruction des pompes HP. Les "injecteurs pompes" ne supportent pas la moindre particule d’eau en cas de panne si on détecte de l’eau, ces injecteurs même neufs perdent leur garantie !!
Les huiles diésel sont renforcées au niveau dispersion d’eau car à la compression par temps humide de la vapeur peut passer dans l’huile au niveau de la segmentation (plus que sur un moteur essence) alors pourquoi remettre encore de l’eau.
Vous y trouverai aussi l’idée suivante : transformer l’eau du réservoir en hydrogène et oxygène par électrolyse (en plus on y certifie qu’a certaines "fréquences spéciales" cela est plus rapide : pourquoi ? pas d’explication ! Il y a des limites à ce genre de déclaration invérifiées !! et surtout fausses) donc on va avoir l’oxygène et l’hydrogène en mélange parfait pour détonner dans le réservoir pas mal non ?
l’autre grande idée : le moteur entraîne l’alternateur qui fait l’electrolyse et revoilà le mouvement perpétuel. en plus compliqué.
Il faut dire une chose la quantité d’énergie nécessaire à l’électrolyse de l’eau est la même que celle l’on récupère à la combustion. Même avec un moteur et un alternateur ayant des rendements de 100% (inconnu de nos jours) on ne peut que maintenir l’équilibre pas question d’accélérer donc de propulser un véhicule le système ne peut que s’arrêter tout naturellement.
Et pourquoi faire aussi compliqué : pour noyer le poisson.
Le gars peut essayer cela : un moteur électrique qui entraine un alternateur He ! He !... Il va tout de suite comprendre et au moins il ne risque pas de se faire exploser avec un mélange dangeureux.Mais on a beau le dire et le re-dire certains sont sûr que ça marche et que ce sont les pétroliers qui empêchent la mise en oeuvre du moteur à eau, j’entends cela depuis 1950 et ça devient trop long maintenant l’éducation nationale a certainement raté quelque chose.
Voilà pourquoi je déconseille ce site qui en plus a des pop up !
A P
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> "Troisième choc pétrolier ou crise énergétique ?" par Jean-Christophe Berrucas27 octobre 2005, par Hugues Stoeckel, Attac Vosges du Nord et Vert (pour le NON !!)
Excellent résumé. Mais vous auriez pu préciser que les thèses de l’ASPO, qui intègrent la surévaluation des réserves de l’OPEP dans les années 80, fixent le pic mondial à 2006-2007 (demain matin, donc) avec le cours actuel du baril comme première manifestation. Cf : http://www.oilcrisis.com/campbell/images/2004Scenario.jpg . Je suis beaucoup moins serein que vous ne semblez l’être sur le risque de guerre mondiale dans un contexte où 1) l’immense majorité des homo sapiens ignore le concept même de déplétion 2) la minorité de veinards qui s’est gavée de pétrole jusqu’à présent sera donc facilement manipulable pour soutenir une "guerre de libération du pétrole". Et même si cette guerre est évitée (comment, svp ?), notre addiction au pétrole et le virage à prendre sont tels que nous allons en ch... au-delà de ce que quiconque peut imaginer. Pour ma part, en désespoir de cause, je passe mon temps militant en conférences d’information (Alsace et Lorraine) à partir d’un diaporama de Colin Campbell. Deux remarques, encore : vous auriez pu faire une digression faisant le lien (comme Jancovici) entre déplétion et hypothèque climatique. Et dans votre bibliopgraphie manque l’excellent bouquin de Yves Cochet "Pétrole apocalypse" (Fayard), qui contrairement à celui de Wingert, fait un peu de prospective géopolitique sur l’avenir.
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> "Troisième choc pétrolier ou crise énergétique ?" par Jean-Christophe Berrucas29 octobre 2005, par jc Berrucas
Je vous remercie de vos compléments et remarques. N’ayant sur le sujet aucune connaissance particulière (comme la plupart de nos concitoyens), mais interpellé par quelques lectures, j’ai souhaité engager une réflexion au sein d’une commission rassemblant adhérents et non adhérents d’Attac 89. Cet article se veut, avec toute l’humilité nécessaire devant tant d’informations difficiles à maîtriser sur cette énergie, n’être qu’une synthèse de quelques documents parcourus. Je suis conscient que la biblio est certainement très insuffisante.
Deux remarques : je n’ai pas souhaité préciser que le pic de déplétion était fixé à 2006/2007 ; il s’agit effectivement de la thèse de Colin Campbell mais tous les experts de l’ASPO ne partagent pas cette affirmation. Jean Laherrère, par exemple, me semble plus nuancé sur la date du pic. Et il m’est apparu qu’il convenait de garder une certaine réserve par rapport à cette affirmation. De plus, la date précise importe peu. Que ce soit 2006, 2007 ou 2012, il est de toute façon déjà très tard pour se préparer non pas dans l’immédiat à l’après pétrole mais surtout à de fortes incidences économiques sur le coût de cette énergie fossile.
Risque de guerre mondiale : oui, peut-être...Pas plus que je ne crois au Grand Soir, je n’ose penser que le pire est toujours devant nous. Mais il y aura de grands risques de tensions, je vous l’accorde.
Dernier point : j’en profite pour préciser que suite au travail de notre commission, le thème du prochain Forum Social Local d’Auxerre sera centré sur la crise du pétrole et ses conséquences avec la participation de Jean Laherrère, mais aussi sur la possibilité d’actions immédiates (économie d’énergie, renouvelables, autres modes de production...). Celui-ci se déroulera le 21 janvier 2006 à Auxerre.
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> "Troisième choc pétrolier ou crise énergétique ?" par Jean-Christophe Berrucas29 octobre 2005, par p
Je viens de finir de lire le bouquin d’Yves Cochet (Pétrole apocalypse), résultat de plusieurs années de boulot à ce qu’il paraît.
Impressionnant même pour moi qui suis écolo averti et intéressé et plutôt
informé des questions énergétiques en général et des mystères autour du pétrole
en particulier. La position est ferme, les arguments construits et l’avertissement est d’une grande violence. Venant d’un type comme Cochet qui est
Docteur en mathématiques et dont on a pu lire par ailleurs "Sauver la Terre", ce texte prend un poids certains. On peut évidemment se demander s’il ne s’agit pas du premier acte d’une stratégie politique. Comment, pourquoi prendrait-on le risque de ne pas tenir compte de l’avertissement ?Le contenu de ce livre et le commentaire de H. Stoeckel qui d’évidence a lu aussi ce livre, sont du même tonneau. Ils nous conduisent à les prendre d’ores et déjà sérieusement en compte, très sérieusement même, à l’échelle locale puisque c’est l’échelle qui sera la plus pertinente pour une réorganisation efficace d’une société démocratique (qu’il faudra cependant défendre ardemment) dans un contexte de grand bouleversement de l’économie.
La compétition et l’individualisme exacerbés n’auront plus pour objectif un
surcroît de profit mais risquent de laisser place à la barbarie d’une société
désorientée et prise de panique en proie aux difficultés pour satisfaire des
besoins vitaux soit pour se nourrir (boire et manger), se vêtir, se chauffer...
tout le reste devenant subsidiaire.Y. Cochet conseille de s’attacher à l’organisation de la vie commune et donc à
être présent auprès des conseils municipaux, à créer ou utiliser des
associations existantes pour préparer la communauté (géographique précise t-il)
aux effets du triple choc (géologique, économique, géopolitique) soit à la
déplétion imminente. Les AMAP est un bon exemple à encourager et à développer. Il y a aussi les questions de l’eau, de la qualité des biens de subsistances, de chauffage, etc... Les grandes priorités sont : l’alimentation et l’énergie.Par ailleurs, pour Cochet, Al Qaida c’est aussi une histoire de pétrole. C’est
le projet de destabilisation du régime des Saouds pour prendre le contrôle de la
manne pétrolière du pays et parvenir à un échec et mat d’Etats Unis terriblement
dépendants de ce pétrole conventionnel donc bon marché, fer de lance du
gaspillage et responsable historique de la catastrophe annoncée (Pétrole
apocalypse !).
Les révolutions « orange », passées ou à venir, dans la région de la mer noir et,
plus loin, de la mer caspienne prennent pour prétexte la lutte pour la démocratie alors qu’il s’agit pour les EU de prendre le contrôle des ressources pétrolières locales tout en coupant l’herbe sous le pied d’une Russie qui participe d’un axe Chine-Inde-Iran-Russie pour la captation d’un pétrole qui garantira la survie (mais combien de temps ?) dans une compétition sans frein.Trève de géopolitique, ce que je crains le plus, à brève échéance, c’est
l’attitude que des personnes mal informées peuvent adopter, manipulées par les
puissants du moment (les tenants de la mondialisation néo-libérale) soit pour
justifier les guerres les plus abjectes soit pour la mise en place d’un régime autoritaire et pourquoi pas, la guerre par la dictature, le « terrorisme » étant un bon levier pour faire faire n’importe quoi. Cochet rappelle et précise que si
notre gouvernement n’a pas suivi les EU et la Grande Bretagne dans la guerre actuelle en Irak, c’est bien parce qu’il avait des accords pour l’exploitation par TOTAL notamment, d’un énorme champ pétrolifère dans le sud-est de l’Irak (frontalier de l’Iran). Cet accord était menacé par ce conflit et la prise de contrôle du pays par les EU et ses alliés de ciconstance. Quant est-il maintenant ?Bref, ce livre nous fait quasiment obligation d’organiser au plus vite la transition vers l’autonomie alimentaire et énergétique au plus près des foyers - on peut même parler de souveraineté alimentaire et énergétique locale ! - et l’accompagnement pour parer aux manipulations qui ne manqueront pas et tenter d’éviter la barbarie qui guette.
La prise de conscience est sévère même pour moi. Je me rends compte qu’il me suffisait de peu pour y arriver seul au bénéfice de mes propres recherches et réflexions, ce qui m’aurait pris encore du temps compte tenu de la difficulté de trouver de bonnes infos et du temps qu’il faut quand on est pris par ailleurs par un métier qui ne se soucie guère de ces questions. Je viens d’atterrir comme après avoir ouvert mon parachute tardivement. Rien de cassé mais sérieusement rudoyé. J’imagine l’effet que cela peut faire par ailleurs sur des personnes non préparées : le refus, refoulement, dénégation ou carrément la panique et le replis sur les siens voire sur soi. Pas mieux pour être contre-productif dans unes situation qui exige le contraire.
Il faut tout faire pour abaisser mais sans jamais les occulter toutes les tensions qui pourraient induire des comportements individuels irrationnels et partant, collectifs chaotiques, Les uns comme les autres pouvant être récupérés par des « forces obscures ». Pour ce faire, il faut construire une nouvelle solidarité pour une souveraineté alimentaire ET énergétique locale généralisée.
Si elles veulent bien le voir ainsi, des associations comme ATTAC se voient maintenant dotées d’un projet qui n’est plus seulement la résistance au néolibéralisme. La fin de sa mondialisation est programmée et les résultats seront, selon toute vraisemblance, flagrants à brève échéance. Des exemples sont cités, notamment celui de Cuba qui a connu son pic de Hubbert après la chute de l’URSS. Pas plus tard que la semaine dernière dans un documentaire on moquait presque ce pays qui parvenait à transporter 300 personnes dans un semi-remorque transformé pour le transport en commun. Bientôt, on sera conduit à les imiter. Il faudra le copier pour pouvoir maintenir, comme le font les cubains, une espérance de vie identique à la nôtre et celle des pays de l’OCDE, le tout avec 12 fois moins de pétrole que les européens et 25 fois moins que les américains.
Il s’agit bien pour nous de construire ici et dès maintenant une société pour demain en arrière plan d’un monde qui va, naïf, insouciant, inconscient et manipulé.
Plutôt que la ligne Maginot, le mouvement. Alors qu’on l’appelle décroissance ou
autrement, peut m’importe.Suis-je sous influence de ce livre et donc enclin à exagérer. Pas impossible mais je ne le crois pas car comme je le disais plus haut, il me fallait peu pour en arriver à des conclusions semblables, l’argumentaire en moins. Je vois en outre que d’autres que l’auteur qui a laissé, comme député, les traces d’un engagement historique dans le JO, sont déjà dans cette bataille pour éviter une nouvelle barbarie.
Quoiqu’il en soit, ce livre, présenté fugitivement parmi d’autres au terme de la dernière émission de Christine Ockrent (France Europe Express) dont l’invité sans contradicteurs était un Desmaret (TOTAL) rassurant et même entreprenant laissant penser que le secteur pétrolier était promis à un grand avenir doré malgré un pic de Hubbert balayé d’un revers de main et malgré un problème de dérèglement climatique de plus en plus flagrant, ce livre est à lire abo-lu-ment.
Il a l’avantage, au delà de mettre les yeux en face des trous, de les chausser de lunettes pour corriger aussi bien notre bonne vieille myopie que notre récente presbytie, de nous donner des pistes qui ne nous laissent pas sans rien pour établir un programme d’éducation populaire tourné, plus que jamais, vers l’action.
EJ
PS 1 : "les grandes orientations d’Attac" (http://www.france.attac.org/a5592) de ce point de vue sont sinon décevantes, je les trouve bien timides !
« Pétrole » est cité une seule fois :
« La maîtrise des ressources de la planète (l’eau, le pétrole, etc.) est l’objet d’une lutte implacable. Elles sont souvent gaspillées, ce qui conduit à leur épuisement dans un avenir proche, même s’il est difficile à préciser, et à une guerre de tous contre tous pour se partager les miettes. La démocratie est remise en cause un peu partout sur la planète (crise de la représentation, xénophobie d’État, contrôles policiers aux cibles multiples, négation du droit, etc.). »
« Déplétion », jamais ! Il faudrait changer cela !PS 2 : Les réserves stratégiques (arrêtées à 90 jours par tous les pays occidentaux) m’apparaissent comme étant nécessaires pour une prise en main autoritaire par la prise de contrôle militaire d’une société en déroute. C’est une perspective qu’on aimerait bien éviter.
PS 3 : le schéma de l’ASPO est repris en page 17 du dernier livre d’Y. Cochet. Il fait référence au site : http://www.peakoil.net/
Eric Jousse
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> "Troisième choc pétrolier ou crise énergétique ?" par Jean-Christophe Berrucas30 octobre 2005
Bonjour.
Je voulais faire suite au message ci-dessus pour vous signaler
que la réflexion sur la mise en oeuvre de la relocalisation de l’économie
est en train de s’amorcer en Limousin dans le domaine de l’agriculture et de
l’alimentation. Tout un groupe d’associations et de citoyens, à l’échelle
régionale et nationale (entre autres Intelligence Verte, présidée par
Philippe Desbrosses, et le Forum Social Limousin dans lequel ATTAC est très
actif), est en train d’organiser les Assises du Limousin sur le thème
"Agriculture écorégionale et souveraineté alimentaire". Cet évènement aura
lieu à Limoges en février 2006, il est destiné à un public de décideurs
politiques, économiques et techniques (principalement régionaux, du Limousin
mais aussi des autres régions de France) pour leur faire comprendre
l’urgence de changer de modèle de développement agricole afin de revenir à
une souveraineté alimentaire à l’échelle locale.Mais ce n’est pas qu’un colloque : au-delà de l’analyse, les
intervenants prévus ont pour mission de travailler avant autour du concept
d’écorégion et de présenter aux décideurs dans le public tout un ensemble
d’outils et de méthodes concrètes pour mettre en oeuvre ce principe
d’écorégionalité. Notre objectif affiché, c’est que la Région Limousin (et
toutes les régions qui le souhaitent) modifie son schéma régional de
développement économique (SRDE) et son Agenda 21 en intégrant la nécessité
de relocaliser l’ensemble du circuit agricole et alimentaire (car ça prend
beaucoup de temps vu l’inertie), et ce dans une optique bio (si c’est pour
revenir à la souveraineté alimentaire à coups d’intrants chimiques et de
poulaillers industriels, on a tout perdu).On verra bien si on arrive à
influer sur leur stratégie mais on va tout faire pour :* Mettre les décideurs en face de la réalité : dépendance alimentaire
forte (10% des aliments consommés en Limousin sont produits en Limousin,
pourtant région agricole !), crises énergétiques (pétrole) et
environnementales (réchauffement) incontournables, absurdité du système
actuel. Ils ne pourront pas dire qu’ils ne sont pas au courant.* Fournir à ces décideurs des outils et des moyens pour qu’ils puissent
modifier à leur échelle leur stratégie et leurs instruments politiques. Ils
ne pourront pas dire qu’il n’y a pas de solution ou qu’ils ne savent pas
comment faire.Après, c’est à eux de jouer, les élus et les décideurs, ce sont eux,
nous on leur propose des choses. Le but est ici d’essayer d’obtenir des
changements à relative grande échelle. Avec cette action nous ne sommes plus
dans une logique "militante" de promotion d’actions hyperlocales de
simplicité volontaire, mais bien dans une incitation plus globale de logique
décroissante qui ne dit pas son nom.J’ai aussi rebondi sur le message de Yann et Eric par rapport à Yves
Cochet : il est l’un des premiers à avoir donné son accord pour venir à ces
Assises. A la lecture de son livre ça apparait comme une évidence : avoir
une chance de s’en sortir du cauchemar qu’il nous décrit passe par le type
d’initiatives que nous cherchons à mener. On espère d’ailleurs que d’autres
régions s’emparent de l’idée, créent des évènements locaux et poussent à la
réflexion dans le sens de l’écorégionalité.Je ne peux qu’être succinct pour décrire cette démarche d’Assises, pour
ceux qui souhaitent en savoir plus vous pouvez me contacter directement.
Concernant le concept d’écorégion, vous trouverez une page d’explication à
cette adresse : http://action-environnement.monsite.wanadoo.fr/page7.htmlL’étude complète d’Emmanuel Bailly sur le concept écorégion et l’étude
de cas du Limousin (120 pages) est téléchargeable à cette adresse :http://www.notre-planete.info/ecologie/devdurable/ecoregion2005.pdf .
A
aucun moment ce genre de démarche n’est décrite comme une forme de
décroissance (une certaine prudence s’impose avec ce type de public), même
si c’est le cas de manière évidente, mais on préfère pour l’instant que
Monsieur Jourdain ne remarque pas qu’il fait de la prose décroissante sans
le savoir ;o) !Nous ne nous illusionnons pas trop sur la portée concrète d’un tel
évènement : il est possible que rien ne se passe dans la tête de nos
décideurs. Il est probable que cela prenne des années, avec d’autres
Rencontres ou Assises de ce type, avant de voir bouger des choses. Mais il
existe une chance que cela suffise à faire basculer une ou deux régions dans
cette voie de l’écorégionalité, et que par effet boule de neige d’autres
régions s’y associent (une écorégion n’a d’ailleurs d’intérêt que si elle
crée un maillage avec ses écorégions voisines), alors on croit en cette
chance et on pousse à la roue. Après, on verra bien, mais au moins on aura
fait ce qu’on aura pu !Christophe Bellec
PS : par rapport au titre du message parlant de l’organisation mondiale
de la Localisation, je dirais que notre projet tend à prendre le problème
par l’autre bout : on cherche en quelque sorte à créer à l’échelle de
régions une organisation locale de la mondialisation !
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